Chic And Cheap | Galeries INTRA & EXTRA - MUROS

Laura Lefkochir

Née en 1988
Belgique
www.lauraeva.be
On My Way I Met The Road
www.lightnesstudio.com
Photographie

« Peut-on voir la vie en rose ? »

À cette question, la jeune photographe liégeoise Laura Lefkochir répondrait sans doute par l’affirmative, surtout si l’on se décide à regarder le monde à travers l’objectif d’un appareil photo.

Une des raisons qui a poussé Laura à faire de la photo : l’envie de croquer la vie à pleine dent, de parcourir le monde d’une manière singulière. Singulière, c’est-à-dire avant tout parcourir différents univers d’une façon dont elle ne les aurait pas forcément parcourus si elle n’avait pas eu un appareil entre les mains. Car, outre la photographie en tant qu’image, ce qui intéresse avant tout Laura, c’est aussi de se dégager d’une vision purement plasticienne de la photo. Pour elle, ce qui donne véritablement du sens à son travail, ce sont toutes les démarches préparatoires et les personnes qu’elle rencontre pendant ses voyages. Le voyage, c’est d’abord la distance géographique (Laura a pu photographier notamment les USA, la Grèce, l’Ecosse ou l’Irlande), mais le terme peut aussi revêtir un sens culturel ou sociologique, comme lorsqu’elle s’est immergée plusieurs jours au sein du couvent des Bénédictines à Liège. Laura explique que « quand on voyage avec comme objectif de faire des photos, on voit les choses différemment et on vit le voyage différemment aussi. Mais, c’est à double-tranchant, car on a à la fois les yeux grand ouvert, on est toujours à l’affût afin de trouver la bonne image. Mais, cela peut aussi être néfaste, on peut avoir une certaine boulimie de l’image. On a tellement peur de rater quelque chose qu’on peut en oublier le plus important, le ressenti. Il faut donc réussir à trouver le juste équilibre. »

Laura Lefkochir présente cette année à Chic&Cheap un travail intitulé « Pink Amercian Journey », qui comme son nom l’indique est extrait des deux voyages de plusieurs mois passés aux Etats-Unis après qu’elle a obtenu son diplôme en photographie à Saint-Luc en 2011. Son compagnon Idrisse Hidara exposait, quant à lui, l’année dernière à Chic& Cheap, et Laura vient cette fois-ci exposer les photos qu’elle a pu faire lors d’un voyage plus récent. Avec cette série de photos, le but de Laura est avant tout de faire ressortir une atmosphère particulière, loin des clichés de l’Amérique glamour façon New-York ou Hollywood. Ce qui l’a vraiment percuté durant toutes ces semaines passées outre-atlantique,  c’est l’Amérique telle qu’elle se donne à voir en dehors des sentiers battus, à savoir ce mélange entre paysages immenses et bleds paumés qui se retrouvent ici à l’avant plan dans son travail. Elle raconte ce qu’elle retient de ses road trips : en premier lieu  » les grandes études sauvages, où l’on peut parfois parcourir 400 km sans voir une âme qui vive. « C’est ce silence, cette quiétude que je voulais faire ressentir à travers mes photos. Et, en dehors de ce côté grandiose, ayant passé l’essentiel de mon voyage dans des lieux reculés, ce sont aussi ces endroits perdus dont je voulais rendre compte. Ces lieux représentent pour moi l’Histoire de l’Amérique, qui n’a pas comme l’Europe une Histoire marquée par des siècles de grandes architectures par exemple. Là-bas tout est relativement neuf et c’est de ce pays en quelque sorte au prémisse de son histoire dont je voulais parler. Quand tu prends la route à travers les USA, c’est l’Amérique dans ce qu’elle a de plus iconique qui devient ton quotidien : les supermarchés, les aires d’autoroute, les motels, les vielles enseignes qui rappellent une époque glorieuse déjà révolue, etc. Je voulais également montrer une route, car ce cliché évoque pour moi à la perfection le sentiment de liberté, sentiment qu’on retrouve hélas rarement dans notre quotidien. Quand tu voyages à travers les USA, il y a vraiment un choc entre le fantasme que tu te fais de l’Amérique pendant ton adolescence (à travers les films, etc..) et la réalité (ce qui ne veut pas dire que la réalité est moins intéressante). Mon travail essaie aussi d’aller à l’encore des préjugés qu’on peut avoir sur ce pays. »

Pour la suite, Laura travaille en ce moment sur un nouveau projet qui la ramène en Europe. Son père étant originaire de Crète, mais ayant dû fuir le pays à cause de la dictature des Colonels, elle est partie avec lui en Grèce sur les traces de son passé.  » Mon père, du fait de son départ, a une relation difficile avec son pays d’origine, mais on a décidé d’y retourner ensemble l’année dernière. J’ai donc fait des photos là bas, à la fois pour enrichir mon travail photographique en retournant sur les traces du passé de mon père, mais aussi pour m’enrichir moi même à travers ce travail ». Faire grandir son art photographique en même temps que se faire grandir soi-même, on retrouve là  toute la philosophie qui a poussé Laura Lefkochir à voyager, avec tous ses sens en éveil…et son appareil bien-sûr.

Interview et texte d’Augustin Renier – juillet 2015 

2014, Exposition collective, Nébuleuse, Espace Prémontrés, Liège, Belgique.

2013, Exposition collective, What’s your paradise, Comptoir du Livre, Liège, Belgique.

2013, Exposition collective, On my way I met the road, Nadiart International, Verviers, Belgique.

 

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